La course à pieds : une histoire de ressenti

Par Alice

J’aime beaucoup les phrases du style : « Rome ne s’est pas fait en un jour » ou « tout ne se fait pas du jour au lendemain ». Ces expressions résument très bien mon ressenti sur la course à pieds.

Mes proches savent que je ne suis pas une sportive dans l’âme. Je suis plutôt gourmande. Je me suis souvent battue contre mon poids, alternant l’effet yoyo connaissant malencontreusement plus la prise de poids que la perte de poids. Si vous avez lu mon dernier billet «  Sortir des sentiers battus pour trouver le bonheur  », vous avez pu vous rendre compte que j’avais radicalement changé de vie. S’est alors opérée une chose très étrange : en changeant de vie, j’ai également changé ma façon d’être.

J’ai enfin décidé de me prendre en main. Bon entre nous, j’ai un compagnon qui m’encourage énormément et qui sait exactement où me guider pour atteindre mes objectifs. Nous l’appellerons « mon coach ». Oui c’est mon petit coach, en plus de partager ma vie, je le considère également comme mon coach.  Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un coach à domicile, je savoure donc la chance de l’avoir au quotidien.

Comme je l’expliquais au tout début, je me suis battue avec mon poids. J’irai même plus loin, j’ai traîné et surtout porté mon poids sur mes épaules. J’ai soudainement pris conscience : j’étais en surpoids, je voulais perdre mes derniers kilos, atteindre mes objectifs que j’ai toujours remis au lendemain durant toutes ces années. Il était temps que je retrouve CE corps dans lequel je puisse me sentir bien, enfin m’accepter et aimer me regarder dans le miroir.

En changeant de vie, voulant faire la paix avec moi-même, c’était une façon pour moi de remettre les compteurs à zéro. Néanmoins, j’avais peur au fond de moi-même de franchir le pas, ne me croyant pas capable d’atteindre ces objectifs. Aujourd’hui, même si j’ai enfin perdu ce poids, j’ai parfois du mal à réaliser les efforts fournis. Parfois, je repense à cette femme que j’étais avant.

Mon coach avait l’intention ferme de m’aider à réaliser ces objectifs. Pour commencer, nous allions marcher. Cette marche est devenue progressivement de la marche rapide accomplissant parfois des temps record de 2h45. Les premiers temps, je m’arrêtais parfois pour m’étirer car mes jambes avaient du mal à tenir le choc. Maintenant, avec le recul, je pense sincèrement que c’est ce qui m’a aidé à démarrer la course à pieds. Je me sentais plus à mon aise, plus apte et (enfin !) plus légère.

Parallèlement, je me suis inscrite à une salle de sports pour pouvoir retrouver des bases (je m’étais déjà inscrite en salle de fitness dans le passé). Je m’y rendais trois fois par semaine et je me suis tenue à cet engagement. Le but était que je regagne en tonicité. Au programme : abdos fessiers, training, travail avec des poids, dans le but de sculpter mon corps. Certains cours dont notamment les abdos fessiers ne duraient qu’une trentaine de minutes et je vous assure que c’était bien suffisant. Faire une série d’exercices répétitifs pour travailler vos abdominaux ou encore lever la cuisse est exténuant mais l’intitulé et la promesse de ce cours « Abdos fessiers » sont respectés à 100% en dépit des sacrifices accomplis.

Comme je suis par nature une fille qui se lasse très vite de la répétition des choses, j’éprouvais une certaine lassitude. De plus, constatant une amélioration lors des marches rapides (à raison de deux fois par semaine), je me suis mise progressivement à la course à pieds.

Mon parcours était dans un premier temps le suivant : faire l’aller retour entre le petit centre commercial et chez moi dans le quartier très arboré où je vis. Quand vous n’avez pas couru depuis un certain temps, c’est plutôt périlleux. Le cœur s’emballe, vous avez du mal à respirer et par conséquent gérer son souffle devient très difficile à tel point que l’on devient rouge comme une tomate en se demandant comment on va terminer. Mais je ne voulais pas me décourager, le but étant d’aller petit à petit à mon rythme.

Dans un second temps, le parcours a changé en augmentant la distance. Pour autant, la difficulté ne s’était pas estompée mais j’ai senti une légère amélioration au niveau de la gestion de mon souffle. Le parcours était moins plat par moments et semé d’embûches avec parfois une petite montée pour pimenter encore plus le supplice.

Ainsi, la durée de mon exploit prenait de l’ampleur : passant de 30 minutes à 40 minutes pour ensuite à arriver à une heure. Et vous apprenez vite à être fière de vous dans ces moments-là. Je vais être honnête avec vous, je ne suis pas encore apte à courir le marathon, je cours à mon rythme, et je ne cours pas très vite.

Cela est vite devenu un rituel à partir de cet été. J’y prenais goût, appréciant et aimant me déplacer dans ces paysages naturels quitte à me retrouver seule sur certains seuils du parcours. Un sentiment de liberté sommeillait en moi, c’est beau de se rendre compte comment la course à pieds peut vite devenir un plaisir simple. Vous vous videz la tête, vous vous focalisez sur vous et vous apprenez en même à vous connaître ou Reconnaître. C’est un moment qui vous appartient et qui n’est rien qu’à vous seule.

Constatant que je supportais le choc de l’endurance, je me suis inscrite à ma première course : la Pérolienne , 5 kilomètres. C’était une course de village avec un esprit bon enfant (le but était de courir comme on pouvait, de faire du mieux qu’on pouvait). Il faisait très chaud ce jour-là (ce qui me dessert fortement lorsque je cours). Il n’y avait que deux tours à faire. Sur le moment, cela peut paraître simple, mais ça ne l’est pas du tout. N’étant pas encore arrivée au terme de cette première boucle et m’approchant du point de ravitaillement, on m’a remis une bouteille d’eau. Je tiens à partager cette anecdote banale avec vous car cette petite bouteille que j’aurais pu poser a été mon fardeau pendant le reste de cette course. C’était comme si je portais un poids supplémentaire duquel je ne pouvais me défaire. En fait sur le moment, je n’ai pas réfléchi. Oui, quand vous courez vous ne pensez pas. A cet instant, je voulais avancer et accomplir cette course. C’est incroyable comment on peut faire les choses très machinalement.

Du temps s’est écoulé depuis, j’ai également participé à d’autres courses dont une de 11,2 kilomètres et une autre de 10 kilomètres.  Les deux étaient très différentes en tout point.

Celle de 11,2 kilomètres formait une boucle, le parcours n’étant pas linéaire et le terrain n’étant pas tout le temps plat. Tout allait bien jusqu’à ce moment où j’ai dû parcourir 3 kilomètres sur cette maudite plage. Pourquoi maudite ? Tout simplement, parce que le sable était mou et que courir le vent de face n’est pas aisé. D’ailleurs, ces 3 kilomètres m’ont semblé abominablement longs. J’étais à bout de souffle après avoir fini de traverser la plage. Me retrouvant à nouveau sur du plat et apprenant qu’il me restait à peine 2 kilomètres, ayant puisé dans mes réserves et ayant tout donné sur cette plage, j’étais à deux doigts de craquer. Mon coach qui me suivait à vélo m’a dit « Une (mon nom de famille) ça n’abandonne pas, jamais ! » Il me fallait avancer, débrancher le cerveau était de rigueur, je me rappelle que je ne savais pas exactement où j’allais, je me suis alors traînée vers ce point d’arrivée que je désirais tant attendre pendant ces deux derniers kilomètres.

L’autre course était un peu plus linéaire, il fallait répéter le même parcours deux fois. Je déteste tout ce qui linéaire en course à pieds, ce que je déteste encore plus c’est revenir sur ses propres pas. Au niveau de l’endurance, les choses se sont également compliquées. Contrairement à l’autre course, mon coach ne pouvait m’accompagner. L’appréhension était palpable, j’avais mal au ventre peu avant le départ, les participants étaient plus nombreux (2000 personnes), je me demandais ce que je faisais là et je cherchais partout du regard mon coach. J’étais plus tendue, il s’agissait vraiment d’une compétition pour certains. Un événement m’a un petit peu déstabilisé sur l’instant mais en y repensant je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire. Je n’avais pas fini mon premier tour que les premiers participants franchissaient déjà la ligne d’arrivée en moins de 30 minutes, un exploit ! La course prenait une tournure du genre « Les douze travaux d’Astérix ». Je pense plus particulièrement à cet épisode où les protagonistes doivent effectuer une course aux côtés d’un athlète qui court à toute vitesse. Ces hommes qui arrivaient me faisaient penser à ce genre d’athlètes. En voyant cela, je me suis interrogée pour la suite. Ayant du mal à avancer et répétant avec difficulté cette même et interminable boucle, je suis arrivée 1659ème.

Quelques que soient les courses, vous éprouvez le même sentiment : vous êtes bien heureux de franchir la ligne d’arrivée, vous êtes fière de l’exploit que vous venez d’accomplir, vous avez tenu bon en dépit des difficultés, vous n’avez rien lâché. Vous luttez contre vous-même en essayant de en essayant de ne pas trop vous écouter et vous continuez à faire un pas l’un après l’autre.

Voilà ce que j’éprouve depuis quatre mois de pratique lors de mes footings hebdomadaires : le lâcher prise, se vider la tête, avoir du moment pour soi, se reconnecter à soi-même, se sentir libre avec trois fois rien et aller au-delà de ses limites.

Si vous voulez courir, je vous dirai la chose suivante : écoutez-vous dans le bon sens du terme, n’écoutez pas votre mental mais écoutez votre corps.

Crédit photo: Alice

Crédit photo accueil: Visual Hunt

 

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