Sandra nous parle d’adoption

Je vous invite aujourd’hui à lire ce magnifique témoignage sur l’adoption de Sandra Racine, auteure du livre Demain je vais rencontrer ma mère.

Elle  partage avec nous son histoire ainsi que sa quête identitaire liée à l’adoption.

Je vous recommande aussi vivement son livre, que j’ai lu d’une traite tant il est bien écrit et chargé d’émotions.

  • Sandra, peux tu te présenter en quelques mots et nous raconter un peu ton histoire?

J’ai 40 ans, mariée et maman de trois enfants de 14, 10 et 4 ans.

Je suis éducatrice spécialisée à l’aide sociale à l’enfance, ce qui signifie que je m’occupe du suivi des enfants placés en famille d’accueil et du maintien du lien entre les parents et les enfants.

J’exerce également dans le cadre de la prévention de la maltraitance en tant qu’aide éducative à domicile.

Ce métier n’est pas un hasard. J’ai été adoptée à l’âge de deux ans après avoir passé plus d’une année au foyer de l’enfance d’Évreux. Mes parents nous ont adoptés mon frère aîné et moi.

J’ai vécu mon enfance dans l’insouciance en mettant de côté cette adoption, voire même l’effacer de ma mémoire.

Et puis vers 8 ans j’ai posé la question à mes parents qui m’ont répondu le plus naturellement possible.  Mais ce jour là,  j’ai pris conscience que l’adoption me rendait différente.  Tout du moins, je m’en suis convaincue.  Et j’ai grandi avec ce sentiment et avec l’ombre d’une inconnue, celle qui m’avait donné la vie. Tantôt je l’idolâtrais, tantôt je la pensais morte, en tout cas je la rendais avant tout responsable de cet abandon.

A aucun moment de mon adolescence je n’ai souhaité rencontrer ma mère biologique.

  • Tu as écrit un livre sur ta rencontre avec ta mère biologique à l’âge de 29 ans, qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ce livre?

En devenant maman a mon tour j’ai pris conscience que je transmettais moi aussi mon histoire.

Devenir maman nous renvoie à la fois à l’enfant que nous avons été et à notre mère.  Quand tout va bien on s’en aperçoit à peine parce que ces moments ne sont pas douloureux.  Mais lorsqu’il y a traumatisme (l’abandon par exemple) cela peut être un bouleversement. Et c’est ce que j’ai vécu.

J’ai vécu ce bouleversement mois après mois, regardant ma première fille grandir,  découvrant l’amour maternel et me demandant comment ma mère biologique avait pu supporter d’être séparée de son enfant. J’ai pensé qu’elle avait dû souffrir,  et surtout que j’avais dû souffrir.

Je l’ai pensé chaque jour en voyant l’amour dans les yeux de ma fille,  jusqu’au jour où j’ai ressenti la douleur de l’abandon.

C’était le moment d’avancer. J’ai commencé une thérapie qui a duré trois ans.

J’ai dû travailler également ma peur d’avoir un deuxième enfant et de reproduire mon histoire.

A 29 ans j’ai rencontré ma mère biologique.  C’était devenu une urgence, une nécessité, presque un « caprice. »

La veille j’ai dit à mon mari  » tu te rends compte,  demain je vais rencontrer ma mère, on dirait le titre d’un livre”.  En souriant, il m’a dit que je l’écrirai.  C’est la fin de la thérapie qui m’a poussée à me lancer.  Le besoin de partager mon expérience et surtout de transmettre mon histoire à mes filles.

  • Comment t’es tu sentie pendant et après l’écriture de cet ouvrage?

La première partie du livre à été simple à écrire. J’avais tout travaillé en thérapie. J’avais assez de recul et d’analyse pour le souvenir sans douleur

La seconde partie,  celle des retrouvailles ont demandé bien plus d’efforts d’analyse et parfois j’étais émue aux larmes.  Mais c’est libérateur, un peu comme vider le contenu d’une clé dans un disque dur.

J’ai écrit chaque jour pendant 6 mois. Puis je l’ai laissé de côté avant de le relire, le corriger, le compléter. Et puis j’ai rencontré l’association la voix des adoptés.  Curieusement cette rencontre et mon investissement dans cette association m’ont permis de trouver une conclusion à mon livre.

  • Comme tu le dis dans ton livre, les recherches qui t’ont amenée à retrouver ta mère biologique ont été éprouvantes? Comment as tu vécu cette période?

C’est une période bouleversante en terme d’émotions.

Je dirais même qu’on est plongé pendant des semaines dans un ascenseur émotionnel. On passe de la joie à l’angoisse, de l’excitation à la tristesse, de l’envie d’avancer à l’envie de fuir.

Cependant, l’envie d’avancer nous donne une énergie bien plus forte que tout le reste.

Se retrouver devant la femme qui nous a donné la vie c’est aussi se retrouver devant celle qui nous a abandonné. Peu importe les raisons, la blessure est la. Il faut être prêt, avoir dépasser sa colère et laisser la bienveillance guider cette rencontre.

C’est douloureux aussi bien psychiquement que physiquement.

  • Comment tes parents “adoptifs” et ton conjoint ont-ils vécu cette quête?

Je n’aurai jamais fait cette recherche si mes parents ne m’avaient pas dit qu’ils étaient prêts à m’accompagner.  Ces mots précis sont exactement ceux qui m’ont fait comprendre que j’avais un besoin réel de la rencontrer pour continuer ma vie de façon paisible.

Ils ont été là du début à la fin de mes démarches malgré leur peur de me perdre. J’avoue que je ne comprenais pas cette peur, mais oui ils avaient peur.

Mon mari a été très présent, très prévenant, une véritable béquille. Son rôle, certes bien plus neutre, à été de le guider, de me porter d’être mes yeux et mes oreilles le soir de la rencontre car ce jour là, j’étais tellement perturbée que j’étais repliée sur moi même, comme pour me protéger.

Mes parents et moi avons beaucoup parlé durant cette période.

Chacun a pu exprimer ses sentiments. Cela m’a permis de toujours garder les pieds sur terre car cette période de retrouvailles fait voler en éclats tous les repères et la place de chacun.

Nous aurions vraiment eu besoin de partager avec des personnes ayant vécu ce passage. Cela nous aurait aidé.

  • Quand as tu appris que tu avais été adoptée?

Mes parents nous l’ont toujours dit.  Mais c’est à 8 ans que je l’ai vraiment entendu.

Il y avait une émission de radio qui parlait de l’adoption en France et j’ai demandé ce que signifiait ce mot.

  • Aujourd’hui te sens-tu plus apaisée par rapport à ton histoire et ton enfance?

Aujourd’hui je me sens totalement apaisée. Ma blessure de l’abandon est toute petite. J’aurais envie de dire qu’elle a disparue mais je sais que j’ai des petites zones de fragilité. On en a tous. L’avantage c’est que je les connais et que je sais les repérer.

Enfant et adulte j’ai pensé qu’on me devait mon histoire. L’histoire de ma mère a fait mon histoire. Mais en devenant maman à mon tour, mon histoire fait celle de mes enfants.

La parentalité des adoptés est un sujet qu’il ne faut pas négliger et qui mérite qu’on s’y intéresse.

La vérité permet qu’il n’y ait pas de secret. En tant qu’adopté on lutte contre cette notion de secret. En devenant parents on lutte pour ne pas le reproduire.

C’est un sujet délicat à aborder parce que parler d’adoption c’est parler d’abandon. Il faut être vigilant quant aux mots qu’on utilise.

Parler de son histoire est une chose, transmettre ses blessures et ses angoisses en est une autre.

  • Tu as aussi co-écrit plus récemment un livre pour expliquer l’adoption aux enfants d’adoptés, quels sont tes projets à venir?

Oui, ce livre s’intitule « Dis maman, racontes-moi d’où tu viens« , il est illustré par Solena Mullot-Cassol.

J’ai voulu aborder la parentalité des adoptés. D’enfants adoptés nous devenons des adultes adoptés et à notre tour nous devenons des parents. Tout comme l’histoire de nos parents biologiques fait notre histoire, la nôtre fait celle de nos enfants et à notre tour nous sommes confrontés à ce passage ou nous devons la leur raconter. Ce livre est un support pour aborder le sujet en toute simplicité, ouvrant sur la discussion parents /enfants. D’ailleurs il s’adresse à tous ceux qui veulent parler d’adoption.

J’ai aussi d’autres projets d’écriture. J’aimerais voir naître une série de « dis maman »; ce serait une manière d’exercer mon métier. Je souhaiterais aborder des questions que les enfants posent à leurs parents ou ailleurs et permettre d’avoir un support de réponse.

J’ai déjà un manuscrit de prêt « dis maman ça veut dire quoi divorcer » cependant mon éditeur ne pourra pas assurer le coût de livres pour enfants. Je suis à la recherche de subventions ou de dons.

J’ai déjà quelques idées ( c’est quoi croire en Dieu,  c’est quoi le racket,  c’est quoi le racisme….).

Concernant l’association je continue les témoignages auprès d’associations de parents ou auprès de professionnels pour partager mon expérience.

—————-

Si vous souhaitez vous procurer un des livres de Sandra, vous pouvez aussi la contacter via la page Facebook de son livre, ici.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *